Immobilité en mouvement
Là où l’on apprend
à remarcher
Il y a des albums qui semblent naître d’un mouvement. Hollow Ponds, lui, naît d’une immobilité.
Lorsque Dan Carney commence à imaginer ce premier disque sous le nom d’Astronauts, il est coincé à l’hôpital après une sévère fracture de la jambe. À quelques pas de là se trouve Hollow Ponds, dans Epping Forest. Un endroit presque banal qui prend soudain une dimension immense lorsqu’on ne peut plus simplement aller y marcher.
Cette sensation traverse tout l’album. Dès Skydive, la folk acoustique se mêle à des pulsations électroniques, des voix superposées et de petits bruits qui semblent flotter autour des chansons. Rien n’est spectaculaire, mais tout bouge doucement sous la surface.
Everything’s a System, Everything’s a Sign et Vampires prolongent ce climat intime et légèrement inquiétant. Carney chante d’une voix retenue tandis que guitare, piano et électronique se croisent sans jamais épaissir inutilement le décor.
Avec Flame Exchange ou le morceau-titre Hollow Ponds, le disque s’étire davantage et laisse entrer une forme de psychédélisme intérieur. Les machines ne recouvrent jamais les chansons : elles les déplacent légèrement, comme si le paysage familier se mettait à bouger autour d’elles.
In My Direction, Openside ou Slow Days renforcent cette impression. On avance lentement, mais on avance. Et c’est peut-être là que le disque trouve sa vraie beauté : dans ce désir de mouvement né précisément au moment où le corps refuse de suivre.
Hollow Ponds parle finalement moins du voyage que de ce qui le précède : l’envie de retrouver le monde, les lieux ordinaires, la marche elle-même.
Certains disques parlent du voyage. Celui-ci commence simplement par le désir de pouvoir marcher à nouveau.

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