Paysage désertique bleu et rouge inspiré de la pochette de Since There Were Circles de Bob Lind.Visuel inspiré de la pochette de Since There Were Circles

Coup de cœur 1971

Bob Lind
Since There Were Circles

Après le succès d’Elusive Butterfly, Bob Lind s’éloigne des lumières et signe un disque de solitude, de country rock et d’élégance désabusée.

1971Capitol Records
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Since There Were Circles

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Après les papillons

Le désert
après la lumière

Since There Were Circles ressemble à un disque enregistré après que la fête soit terminée. Bob Lind avait connu quelques années plus tôt un immense succès avec Elusive Butterfly, chanson lumineuse qui avait fait de lui l’un des visages du folk rock américain. Ici, il ne cherche plus à prolonger cette lumière. Il regarde ce qu’il en reste.

Le disque avance avec une beauté sèche, presque poussiéreuse. Les arrangements empruntent au folk, au country rock et à cette Californie du début des années 1970 où les chansons semblent rouler entre routes désertes, chambres d’hôtel et fins d’histoires d’amour. La voix de Lind garde quelque chose de doux, mais les textes ont perdu toute innocence.

City Scenes, Love Came Riding ou Not That I Would Want Her Back montrent un auteur plus intérieur qu’au temps de ses premiers succès. Les mélodies restent immédiatement accessibles, mais derrière elles se glissent la fatigue, la solitude et une ironie très fine. Lind écrit comme quelqu’un qui connaît désormais le prix exact des illusions.

Autour de lui, plusieurs musiciens liés à la grande scène country rock californienne apportent une souplesse remarquable au disque. Doug Dillard, Gene Clark, Bernie Leadon et Carol Kaye figurent parmi les collaborateurs associés à ces sessions. Pourtant, rien ne ressemble à une démonstration de studio. Les instruments restent au service des chansons et de leur étrange sentiment d’espace.

Le morceau titre, Since There Were Circles, clôt l’album comme un paysage qui s’éloigne. Plus de cinq minutes où l’écriture de Lind semble tourner autour d’un même point sans jamais vraiment revenir au départ. C’est peut-être là que le disque révèle le mieux sa nature : il parle de ce qui revient, de ce qui disparaît et de ce qu’on continue malgré tout à porter avec soi.

À sa sortie, l’album reçoit de bonnes critiques mais rencontre peu de succès commercial. Lind quitte alors pratiquement l’industrie musicale pendant plusieurs décennies pour se consacrer notamment à l’écriture. Avec le temps, Since There Were Circles connaît pourtant le destin inverse de celui de nombreux disques à succès : presque invisible au moment de sa parution, il devient progressivement un album culte.

Cette redécouverte n’a rien de mystérieux. Le disque possède cette qualité rare des œuvres qui vieillissent bien parce qu’elles n’ont jamais essayé de suivre leur époque. Il suffit aujourd’hui de quelques mesures pour comprendre pourquoi il continue de toucher : derrière le décor country rock et les arrangements californiens, Bob Lind parle surtout du moment où l’on cesse d’attendre que la vie ressemble à ce qu’on avait imaginé.

« Certains disques racontent le succès. Since There Were Circles raconte ce qui reste quand le bruit s’est éloigné. »

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