Guitares et désillusions
Un monde
à perdre
Il y a des disques qui donnent envie de monter le volume pour oublier le monde. Et puis il y a ceux qui font exactement l’inverse : ils montent le volume parce qu’ils n’arrivent plus à l’ignorer.
Avec A Beautiful World To Lose, leur deuxième album paru le 18 septembre 2026, les Mancuniens de Corella délaissent une partie de l’insouciance de leurs débuts pour un rock plus nerveux, plus frontal, traversé par les désillusions d’une génération qui cherche encore sa place.
Dès Rewire, les guitares déboulent, la batterie cogne et la basse pousse tout ce petit monde vers l’avant. Le groupe conserve son goût pour les refrains qui prennent de la hauteur, mais derrière l’énergie immédiate, quelque chose a changé. Les chansons parlent désormais de perte, de frustration, de solitude et de cette étrange impression de courir après un bonheur qui recule à mesure qu’on s’en approche.
What’s The Use questionne le sens de nos ambitions, tandis que Lost A Friend aborde l’absence avec une intensité qui contraste avec l’élan presque euphorique de la musique. Sur Simple Life, Corella retrouve un peu de lumière et rappelle que les choses les plus simples sont parfois celles auxquelles on tient le plus.
Mais le groupe ne se contente pas d’aligner les hymnes électriques. Jump Scare resserre l’atmosphère, Wolf laisse davantage respirer les guitares et Note To Self referme le disque sur une note plus intime, comme si, après avoir fait beaucoup de bruit, il fallait enfin prendre le temps de s’écouter.
Produit par Jason Perry, l’album possède cette ampleur sonore qui semble taillée pour les grandes scènes, sans perdre complètement la spontanéité des premières années. On y retrouve cette tradition très britannique du rock mélodique, quelque part entre les guitares tendues de l’indie et les refrains fédérateurs qui donnent envie de chanter à plusieurs.
Corella n’invente pas une nouvelle manière de faire du rock. Mais le groupe trouve ici une façon particulièrement vivante de faire cohabiter les doutes et l’énergie, la colère et les mélodies, les blessures et l’envie de continuer.
Car c’est peut-être cela, finalement, que raconte A Beautiful World To Lose : le monde a beau nous échapper, il reste encore assez de beauté pour avoir envie de s’y accrocher.

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