La chambre pop
Un printemps
qui ne finit pas
The Albemarle Sound donne l’impression d’avoir été trouvé dans une maison restée ouverte tout l’été. Les fenêtres laissent entrer la lumière, les rideaux bougent à peine, et quelque part une radio joue une pop qui semble venir de 1967 sans jamais sonner comme une imitation. En 1999, The Ladybug Transistor réussit ce tour de force : écrire des chansons profondément rétro dans leurs couleurs, mais parfaitement vivantes.
Le groupe de Brooklyn appartient à cette constellation indie américaine qui, dans les années 90, remet à l’honneur les arrangements sophistiqués. Ici, piano, guitare, orgue, cordes, flûtes, cuivres et harmonies vocales ne servent jamais à décorer. Ils donnent aux morceaux leur relief, leur respiration et cette douceur légèrement irréelle qui enveloppe tout le disque.
Six Times, Meadowport Arch, Like a Summer Rain ou The Swimmer avancent avec une élégance presque démodée. Gary Olson chante d’une voix grave et retenue, pendant que les arrangements évoquent Burt Bacharach, Brian Wilson ou certaines faces plus pastorales de la pop britannique. Pourtant, le disque ne se contente jamais de collectionner les références. Il possède son propre climat.
Le titre de l’album renvoie à Albemarle Road, à Brooklyn, où le groupe travaillait dans son propre studio, installé dans une maison devenue un véritable lieu de création. Cela explique peut-être pourquoi The Albemarle Sound possède une telle cohérence. On n’entend pas seulement douze chansons, mais une pièce entière, un décor, une façon de faire entrer la pop dans un espace domestique et de la laisser s’y installer.
La force du disque tient aussi à sa retenue. Les mélodies sont généreuses, les arrangements parfois très riches, mais rien n’est écrasant. Même lorsque les cordes, les vents et les claviers s’additionnent, la musique conserve une légèreté presque tactile. Oceans in the Hall ou Aleida’s Theme donnent l’impression que le temps ralentit sans jamais s’arrêter complètement.
À sa sortie en mars 1999 chez Merge Records, l’album s’inscrit en marge des grandes tendances de l’époque. Il ne cherche ni le bruit du rock alternatif ni la modernité électronique. Il préfère retrouver l’art ancien de l’arrangement, celui où chaque instrument entre au bon moment et où la sophistication reste invisible. C’est précisément ce choix qui lui permet aujourd’hui de sembler si peu daté.
Vingt-cinq ans plus tard, le disque a d’ailleurs été réédité dans une version augmentée, signe que sa réputation n’a cessé de grandir. The Albemarle Sound reste l’un de ces albums qui ne demandent pas qu’on les admire. Ils demandent simplement qu’on vive un moment avec eux, assez longtemps pour remarquer tout ce qui se passe derrière leur apparente simplicité.
« The Albemarle Sound ne recrée pas les années 60. Il retrouve simplement leur goût pour les chansons qui savent prendre leur temps. »

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