Mattiel et ses musiciens posant avec une voiture blanche au milieu du désert, sous un grand ciel clair.Création éditoriale PepperSounds

Coup de cœur 2017

Mattiel
Mattiel

Un premier album qui roule entre garage rock, soul rêche et western pop, avec l’assurance tranquille des disques qui arrivent déjà habités.

2017Heavenly Recordings / Burger Records
RockSoulLire la chronique

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Mattiel

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Premier virage

Dans la poussière
et la lumière

Dès les premières secondes, Mattiel donne l’impression d’avancer dans un paysage déjà visible avant même d’être vraiment décrit. Il y a du soleil, de la poussière, de l’espace, une vieille voiture immobile dans un décor trop vaste, et surtout une voix qui ne cherche jamais à séduire de manière démonstrative. Elle arrive comme un fait.

Cette voix, c’est celle de Mattiel Brown, et c’est elle qui donne à l’album sa colonne vertébrale. Grave sans être lourde, précise sans être lisse, elle porte des chansons qui semblent avoir poussé entre plusieurs traditions américaines sans se laisser enfermer dans aucune. On entend du garage rock, un goût pour la soul, quelque chose du rhythm and blues, parfois même une manière de poser les morceaux qui évoque un vieux western filmé à la lumière sèche de l’après-midi.

Ce qui frappe surtout, c’est la tension très juste entre classicisme et étrangeté. Mattiel ne joue pas à reconstituer un passé fantasmé. Le disque connaît ses racines, mais il s’en sert comme d’un matériau vivant. Les guitares peuvent être mordantes, la section rythmique rester sobre, presque sèche, et pourtant l’ensemble conserve une allure très cinématographique. Chaque morceau paraît installé dans un décor, avec son air, sa température et sa poussière.

L’album avance ainsi par silhouettes. Certaines chansons semblent faites pour rouler longtemps sur une route vide, d’autres pour résonner dans une salle aux lumières basses, avec un groupe compact derrière une chanteuse qui n’a pas besoin d’en faire trop pour imposer sa présence. Cette économie du geste est l’une des forces du disque. Rien ne déborde inutilement. Le style est net, sans rigidité.

En mouvementMattiel, dans une vidéo à l’élégance sèche et cinématographique.

Il y a aussi, dans Mattiel, une forme d’assurance rare pour un premier album. Non pas l’assurance de ceux qui veulent prouver quelque chose, mais celle de musiciens qui ont trouvé une direction et savent déjà comment y marcher. Le disque possède une identité forte sans avoir besoin de l’expliquer. Il ne donne jamais l’impression de juxtaposer des influences pour paraître intéressant. Il sonne simplement comme un monde déjà construit.

Cette cohérence doit beaucoup au travail commun entre Mattiel Brown et Jonah Swilley, à l’écriture comme à la production. L’album trouve un équilibre entre énergie directe et élégance de la mise en place. Certaines chansons accrochent immédiatement par leur motif, d’autres s’installent plus lentement, mais toutes participent à la même impression générale : celle d’un disque mobile, libre, légèrement décalé, qui connaît le poids des traditions sans se laisser ralentir par elles.

On pourrait dire que Mattiel appartient à cette famille d’albums qui aiment autant la rudesse que le style. Il y a du grain, du caractère, mais aussi une vraie attention à l’allure. C’est un disque qui marche droit, bottes dans la poussière et regard fixé très loin.

Mattiel est le projet mené par la chanteuse américaine Mattiel Brown, née en Géorgie. Avant de se retrouver au premier plan, elle travaille notamment dans l’univers du design et du vêtement, tout en évoluant dans un environnement créatif où musique et image dialoguent naturellement. Cette sensibilité visuelle se retrouve d’ailleurs dans l’identité très marquée du projet : pochettes, clips, photographies et présence scénique participent pleinement de son univers.

La rencontre avec Jonah Swilley, musicien et producteur d’Atlanta, est déterminante. Tous deux façonnent ensemble un son immédiatement reconnaissable, qui puise dans le rock, la soul, le rhythm and blues et une certaine tradition américaine, tout en gardant une distance ironique et une élégance contemporaine. Mattiel n’apparaît donc pas comme une chanteuse simplement accompagnée, mais comme le centre d’un vrai langage collectif.

Avec ce premier album, paru en 2017, le projet impose d’emblée une personnalité forte. L’écriture privilégie les lignes nettes, les mélodies robustes et les ambiances très dessinées. Le disque ouvre la voie à une suite cohérente, où Mattiel poursuivra l’exploration de ce territoire singulier, quelque part entre rock vintage, tension moderne et goût prononcé pour les figures légèrement hors cadre.

Ce qui rend Mattiel immédiatement attachante, c’est précisément ce refus de la démonstration. Ni nostalgie facile, ni posture branchée, ni surcharge expressive. La musique avance avec une forme de calme décidé, comme si elle savait que le style, le vrai, n’a pas besoin de parler trop fort.

« Certains premiers albums cherchent une identité. Celui-ci arrive déjà avec la sienne. »

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