Nic Armstrong dans un paysage lumineux aux teintes dorées.Nic Armstrong, The Greatest White Liar

Coup de cœur 2004

Nic Armstrong
The Greatest White Liar

Un disque de garage rock et de rhythm and blues qui semble surgir de 1964, avec assez de nerf, de mélodie et d'insolence pour échapper au simple exercice rétro.

2004One Little Indian
RockLire la chronique

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The Greatest White Liar

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Retour vers 1964

Le passé
à plein volume

Il y a des disques qui prennent un malin plaisir à brouiller les dates. Lancez The Greatest White Liar sans regarder la pochette et l'on pourrait facilement imaginer qu'un obscur label britannique vient d'exhumer une bande oubliée de 1964. Guitares râpeuses, harmonica, batterie sèche, voix légèrement voilée, tout semble avoir traversé intact les caves enfumées du rhythm and blues anglais. Pourtant, nous sommes en 2004 et Nic Armstrong n'a rien d'un revenant.

Originaire de Newcastle et passé par Nottingham, ce jeune Anglais possède alors une obsession assumée pour les premiers Rolling Stones, les Kinks, les Pretty Things, le Merseybeat, le rockabilly et ce moment merveilleux où les gamins britanniques découvraient le blues américain avant de le transformer à leur manière. Mais là où tant de revivalistes se contentent de reproduire une collection de signes extérieurs, Armstrong comprend quelque chose de plus essentiel : cette musique doit d'abord avancer, cogner et donner envie de monter le volume.

Pour cela, il trouve un complice idéal en la personne de Liam Watson. The Greatest White Liar est enregistré dans les Toe Rag Studios de Londres, temple de l'analogique où Watson avait notamment produit Elephant des White Stripes. Le son n'y est jamais simplement « vintage ». Il est physique. Les instruments semblent installés à quelques mètres de l'auditeur, les guitares grincent, l'harmonica surgit brusquement et la batterie conserve cette sécheresse presque primitive qui faisait une bonne partie de la force des premiers disques de rock anglais.

Nic Armstrong Une plongée directe dans l'énergie brute et le goût des sixties qui irriguent tout l'album.

Dès I Can't Stand It, Armstrong entre dans le disque sans frapper à la porte. Ça cavale, ça déborde et ça ne cherche surtout pas la perfection. Broken Mouth Blues prolonge cette énergie avec son blues cabossé tandis que On a Promise retrouve quelque chose de la nervosité des jeunes Rolling Stones. Ailleurs, She Changes Like the Weather laisse entrer davantage de lumière et révèle un goût évident pour les mélodies immédiates du Merseybeat.

C'est d'ailleurs là que The Greatest White Liar devient plus intéressant qu'un simple exercice rétro. Derrière les guitares sales et les références parfaitement visibles se cache un véritable auteur de chansons. Armstrong sait écrire court, aller droit au refrain et glisser une mélodie presque tendre au milieu du fracas. I'll Come to You, beaucoup plus mélancolique, ouvre ainsi une brèche dans le disque. Le décor des années 1960 reste là, mais quelque chose de beaucoup plus personnel apparaît derrière lui.

Il y a aussi Natural Flair, nerveux et insolent, Scratch the Surface, avec son parfum de skiffle, ou encore You Made It True, où la voix d'Armstrong laisse parfois apparaître une inflexion lennonienne. Jusqu'à Mrs. The Moraliser, qui referme l'album comme si le rhythm and blues britannique commençait déjà à basculer doucement vers les étrangetés psychédéliques de la seconde moitié des sixties.

Tout cela pourrait être terriblement artificiel. Ça ne l'est presque jamais. Sans doute parce qu'Armstrong ne traite pas ses influences comme des reliques. Il joue cette musique avec une désinvolture, une énergie et parfois même une certaine brutalité qui lui rendent son présent. Les chansons sont ramassées, accrocheuses, volontairement imparfaites. On sent davantage la sueur d'un petit club que le soin méticuleux d'un musée du rock.

Publié en 2004 chez One Little Indian, The Greatest White Liar compte quatorze titres pour une quarantaine de minutes. Armstrong y joue l'essentiel des instruments, accompagné notamment de Jonny Aitken à la batterie. Le disque sera ensuite réédité aux États-Unis sous le nom Nic Armstrong & The Thieves, nom qui correspond davantage à la formation avec laquelle il se produit alors sur scène.

L'album arrive pourtant à une époque qui ne manque pas de groupes regardant eux aussi dans le rétroviseur. The White Stripes, The Strokes ou The Hives ont déjà remis les guitares brutes à l'ordre du jour. Mais Armstrong pousse le jeu beaucoup plus loin. Il ne revisite pas les années 1960 depuis les années 2000. Pendant quarante minutes, il semble tout simplement décider que les quarante années intermédiaires n'ont jamais existé.

Et c'est peut-être ce qui donne encore aujourd'hui son charme à The Greatest White Liar. On reconnaît presque chaque ingrédient, mais la recette fonctionne avec une évidence insolente. Un disque amoureux du passé, certes, mais suffisamment vivant pour ne jamais y rester enfermé.

« Le meilleur mensonge de Nic Armstrong est peut-être celui-ci : nous faire croire, le temps d'un disque, que nous sommes toujours en 1964. »

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