Recréation
Quand la solitude
change de langue
Reprendre, ce n’est pas toujours répéter. Avec Eleanor Rigby, Caetano Veloso choisit au contraire le déplacement. La chanson des Beatles, si immédiatement reconnaissable, quitte ici sa tension orchestrale pour devenir plus nue, plus flottante, presque méditative.
Dans la version originale, Eleanor Rigby avançait comme une petite tragédie sèche et implacable. Chez Caetano, tout semble ralentir. La solitude du personnage n’est plus seulement racontée, elle s’installe dans l’espace même de la chanson, dans les silences, dans la manière qu’a la voix de laisser les mots en suspens.
C’est là que la reprise devient vraiment recréation. Le morceau garde son visage, mais change de lumière. L’anglais de Caetano, sa douceur, sa façon très libre d’habiter la mélodie, déplacent subtilement la chanson. On ne l’écoute plus tout à fait de la même façon.
C’est aussi ce qui fait le prix des grandes reprises. Elles ne copient pas. Elles rouvrent une porte. Avec Caetano Veloso, Eleanor Rigby perd un peu de son costume britannique et gagne une autre forme d’émotion, plus souple, plus intime, presque rêveuse.
Une reprise réussie ne répète pas la chanson. Elle lui invente une autre vie.

La conversation est ouverte…