Sous les radars
La femme derrière
le miroir
Il y a des disques qui paraissent avoir été enregistrés dans leur époque. Et d’autres qui semblent avoir décidé de ne pas lui appartenir. X-Dreams, sorti en 1978, fait clairement partie de la deuxième catégorie.
Annette Peacock y traverse le jazz, le rock et l’avant-garde sans jamais choisir vraiment entre eux. Sa voix parle, murmure, provoque, chante à moitié. Autour d’elle, des musiciens comme Mick Ronson, Chris Spedding, Bill Bruford, Ray Warleigh ou Pete Lemer participent à un disque où la virtuosité n’est pourtant jamais le sujet principal.
Dès My Mama Never Taught Me How to Cook, tout est instable. Le groove avance de travers, les guitares mordent, la voix de Peacock refuse les rôles attendus. Puis Real & Defined Androgens étire encore le trouble, entre identité, désir et rapport de force.
Peacock imaginait elle-même les deux faces comme deux blocs différents : une première partie plus dure et agressive, une seconde plus romantique et plus douce. Dear Bela ralentit le mouvement, This Feel Within devient presque flottant, tandis que sa reprise de Don’t Be Cruel ressemble moins à un hommage à Elvis qu’à une chanson entièrement passée dans son propre langage.
Pourquoi sous les radars ? Parce que X-Dreams possède tous les ingrédients d’un disque culte sans avoir jamais vraiment rejoint le grand récit du rock de la fin des années 1970. Trop jazz pour le rock, trop rock pour le jazz, trop sensuel pour l’avant-garde austère et trop étrange pour la pop.
Autrement dit, exactement le genre de disque qu’on aime retrouver ici.
Certains albums restent dans l’ombre parce qu’ils étaient déjà ailleurs.

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