Sous les radars
La terre
tremble encore
Il y a des albums qui semblent avoir été conçus pour disparaître. My Solid Ground, publié en 1971, aurait pu être l’un d’eux. Un groupe allemand de Rüsselsheim, un seul album, quelques années d’existence, puis presque plus rien. Et pourtant, le disque a continué à circuler dans les marges, jusqu’à devenir l’un de ces objets que les amateurs de krautrock et de psychédélisme lourd finissent toujours par croiser.
L’ouverture suffit à comprendre pourquoi. Dirty Yellow Mist s’étire sur plus de treize minutes et installe immédiatement un climat massif : orgue, guitare acide, voix distordues, longues nappes et une impression de progression lente à travers un brouillard épais. C’est du space rock, du hard psych, du progressif, parfois tout cela en même temps.
Mais le disque ne reste pas prisonnier de cette longue dérive. That’s You resserre brutalement le format avec une énergie presque proto-punk, tandis que The Executioner replonge dans quelque chose de beaucoup plus sombre, entre chant noyé d’écho et guitare tendue.
Puis Melancholie change encore la lumière. Le piano et l’orgue prennent davantage d’espace, et derrière la lourdeur du groupe apparaît une vraie sensibilité. C’est cette alternance entre violence, abstraction et passages plus contemplatifs qui donne à l’album son relief.
Ce qui frappe aussi, c’est l’âge des musiciens. My Solid Ground est alors composé de très jeunes instrumentistes, encore à peine sortis de l’adolescence pour certains, ce qui rend d’autant plus étonnants la noirceur, l’assurance et le goût de l’expérimentation qui traversent le disque.
Le groupe avait obtenu une certaine visibilité après avoir terminé deuxième d’un concours organisé par le Südwestfunk, ce qui lui avait ouvert les portes du label Bacillus. L’album fut enregistré en 1971 dans les studios de Dieter Dierks, mais un deuxième disque ne vit jamais le jour. Le groupe finit par disparaître quelques années plus tard.
Il ne reste donc que ces huit morceaux. Et parfois, un seul album suffit largement à laisser une trace.
Certains disques disparaissent parce qu’ils étaient trop petits. D’autres parce que leur époque n’avait pas encore appris à les entendre.

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