Sur le vif
Le grain
du présent
388 ne cherche pas à sonner neuf. Il cherche à sonner vivant. Dès Let the Music Play, la batterie avance d’un pas souple, l’orgue se glisse entre les voix et les cuivres apparaissent comme une éclaircie. The Coral retrouve ce qu’il a toujours su faire : laisser affleurer toute une histoire de la musique sans transformer la chanson en musée.
Le titre vient du Tascam 388, le magnétophone à bandes autour duquel le disque a été enregistré en deux semaines aux Kempston Street Studios de Liverpool. Peu de prises, presque pas de corrections et des accidents conservés : après les architectures imaginaires de Coral Island et Sea of Mirrors, le groupe choisit l’économie et la présence. Même sa parution a ressemblé à un geste ancien : quelques vinyles déposés sans annonce dans des disquaires indépendants, avant que l’album ne gagne les plateformes.
On entend des souvenirs de cassettes reggae usées, les premiers Wailers, Lee “Scratch” Perry, les groupes vocaux des années 60, le doo-wop, la soul et jusque dans certaines inflexions du jazz éthiopien. Mais 388 ne se réduit jamais à son érudition. Leave It in the Past transforme le contretemps jamaïcain en invitation à avancer ; Here Come the Tears et Sad Girl portent leur mélancolie avec cette résistance lumineuse que possédaient les grands disques de soul.
Yellow Moon ralentit le mouvement et fait entrer un peu de nuit dans l’album. Spirit Catcher, avec ses cuivres troubles et son allure de dub fantôme, rappelle que The Coral n’a jamais cessé d’aimer les portes dérobées. Puis Crossing the Sands referme le disque au-delà de l’horizon, dans une douceur où la disparition n’efface pas l’élan.
Formé à Hoylake, sur la péninsule du Wirral, au milieu des années 90, The Coral s’est fait connaître avec un premier album paru en 2002 et nommé au Mercury Prize. Autour de James Skelly, le groupe a traversé les modes en mêlant pop, folk, psychédélisme, garage et mélodies venues d’un autre âge. Six albums classés dans le Top 5 britannique n’ont pas émoussé ce goût de l’étrange familier : après plus de vingt-cinq ans, leur musique continue de donner l’impression d’avoir été découverte au fond d’une caisse de disques et enregistrée la veille.
« Ce n’est pas le passé qu’ils rejouent, mais le présent qu’ils enregistrent avant qu’il ne refroidisse. »

La conversation est ouverte…