The Outsiders au bord d’un canal à Amsterdam, portrait du groupe à la fin des années 1960.The Outsiders, Amsterdam, fin des années 1960

Coup de cœur 1968

The Outsiders
C.Q.

Le dernier album des Outsiders : un garage rock néerlandais qui se fissure, dérive et s’ouvre sur une psychédélie aussi sombre qu’inventive.

1968Polydor
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C.Q.

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À la fin de 1968, The Outsiders ne ressemblent déjà plus tout à fait au groupe de beat sauvage qui avait électrisé Amsterdam quelques années plus tôt. C.Q. arrive au moment où le Nederbeat perd son innocence. Les guitares restent coupantes, Wally Tax conserve cette voix à la fois insolente et fragile, mais quelque chose s’est déplacé : le disque regarde désormais vers des territoires plus étranges.

Le titre lui-même donne la clé. En radio amateur, « CQ » est un appel lancé dans le vide pour savoir si quelqu’un écoute. L’album ressemble à cela : treize chansons envoyées sur des fréquences différentes, parfois garage, parfois folk, parfois franchement psychédéliques, sans garantie qu’un public soit encore au bout du signal. Cette liberté donne aujourd’hui au disque une grande partie de sa force.

Misfit ouvre l’album comme une déclaration d’écart. Puis Zsarrahh et C.Q. déforment progressivement le décor. Les effets de studio se font plus présents, les structures deviennent imprévisibles, et les chansons passent d’une tension presque punk à des moments suspendus. Rien n’est très poli, mais tout semble vivant.

The OutsidersC.Q., l’un des visages les plus aventureux du rock néerlandais de 1968.

Daddy Died on Saturday possède une noirceur presque théâtrale. The Man on the Dune tient en un peu plus de deux minutes et paraît pourtant ouvrir un paysage entier. Happyville pousse l’ironie et l’acidité plus loin, tandis que Prisonsong clôt le disque dans une atmosphère lourde, comme si toutes les portes s’étaient refermées après l’appel initial.

Cette diversité n’est pas un exercice de style. Elle raconte aussi l’état du groupe. The Outsiders avaient connu leur période la plus populaire entre 1965 et 1967, avec des titres comme Lying All the Time ou Touch. Ils avaient même ouvert pour les Rolling Stones aux Pays-Bas. Mais au moment de C.Q., le succès commercial commence à s’éloigner, la formation change et l’envie d’expérimenter devient plus forte que celle de rassurer.

Autour de Wally Tax, Ronnie Splinter, Leendert « Buzz » Busch et Frank Beek font alors du studio un terrain de jeu. Les influences de la scène psychédélique britannique sont perceptibles, notamment les Pretty Things de S.F. Sorrow, mais les Outsiders gardent une rudesse très personnelle. Même dans les passages les plus flottants, on sent toujours le groupe de clubs derrière les effets.

C.Q. sera mal servi commercialement et restera longtemps une affaire de collectionneurs. Pourtant, sa réputation grandira au fil des rééditions jusqu’à devenir l’un de ces disques que l’histoire récupère tardivement. Ce qui semblait déroutant en 1968 fait aujourd’hui sa modernité : un album inquiet, libre, parfois maladroit, mais incapable de se tenir tranquille.

The Outsiders se séparent en 1969. Wally Tax poursuit ensuite son chemin avec Tax Free puis en solo. Le groupe connaîtra plusieurs retrouvailles, notamment dans les années 1990, avant la disparition de Tax en 2005. Leur héritage, lui, ne cesse de s’élargir : de simple phénomène Nederbeat, ils sont devenus une référence du garage européen des années soixante.

« C.Q. lance un appel dans le brouillard. Plus d’un demi-siècle plus tard, le signal passe toujours. »

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