Deuxième chance
Recommencer comme si c’était
la première fois
Il y a des voix qui entrent dans une pièce avant même que l’on sache ce qu’elles vont raconter. Celle de Tyler Ballgame est de celles-là.
Sur For The First Time, Again, son premier album, elle arrive large, vibrante, presque théâtrale, avec quelque chose de Roy Orbison dans l’ampleur, de Bowie dans les inflexions, et tout un parfum de Californie des années 1970 dans le décor.
Mais ce qui rend le disque attachant, ce n’est pas seulement la voix. C’est ce mélange étrange entre passé et recommencement.
Le titre de l’album dit déjà tout : For The First Time, Again. Retrouver une sensation ancienne comme si elle revenait neuve. Refaire connaissance avec quelqu’un qu’on connaît déjà. Revenir à soi après avoir longtemps tourné autour.
Le morceau-titre ouvre parfaitement cette porte. La chanson avance avec lenteur, portée par une mélodie très classique, presque hors du temps, puis la voix prend toute la place. Ballgame chante le désir de retrouver quelqu’un « pour la première fois, encore », et ce paradoxe devient immédiatement le cœur du disque.
Tout l’album joue ensuite avec cette idée de deuxième chance.
I Believe In Love est l’un des morceaux les plus lumineux. Il y a quelque chose de presque naïf dans son optimisme, mais jamais de creux. Les arrangements lui donnent une ampleur très américaine, quelque part entre soul, country-rock et pop orchestrale.
You’re Not My Baby Tonight apporte une nuance plus trouble. Le titre pourrait presque annoncer une ballade de séparation classique, mais Ballgame chante toujours avec cette intensité qui transforme la moindre phrase en déclaration.
C’est parfois son plus grand atout, parfois aussi son principal risque. Sa voix veut constamment vivre à pleine puissance.
Sur Matter of Taste, elle se fait plus joueuse. Le morceau roule davantage, avec une dynamique roots rock assez immédiate. La production analogique, les guitares légèrement usées et les claviers donnent au disque cette texture familière sans le réduire à un simple exercice rétro.
Puis vient Sing How I Feel, dont le titre pourrait presque servir de manifeste. Tyler Ballgame ne semble pas vouloir chanter joliment. Il veut chanter grand. Il y a chez lui un goût du geste, de l’excès, de la phrase qui monte jusqu’au plafond.
Et quand cette théâtralité rencontre une chanson suffisamment solide, quelque chose se passe vraiment.
Goodbye My Love en est un très bel exemple. Plus retenu, plus mélancolique, le morceau laisse davantage de place à la fragilité. La voix cesse de pousser et commence à respirer. C’est souvent dans ces moments-là que Ballgame devient le plus convaincant.
Got a New Car est probablement l’un des morceaux les plus singuliers du disque. Sous son apparente légèreté, il raconte quelque chose qui ressemble à une renaissance, une manière de se débarrasser d’une ancienne version de soi pour repartir autrement.
Cette idée revient constamment. Le disque regarde beaucoup vers le passé, mais il parle surtout de recommencement.
Ooh commence presque comme une berceuse. Puis la chanson s’élargit, les claviers prennent de l’ampleur et la voix retrouve sa puissance. Là encore, c’est le contraste qui fonctionne le mieux : retenue d’abord, explosion ensuite.
Down So Bad et I Know vont plus directement à l’essentiel, comme si l’album acceptait enfin de se dépouiller un peu.
Puis arrive Deepest Blue, plus ample, plus sombre, où la voix retrouve cette profondeur dramatique qui semble être son territoire naturel.
Enfin, Waiting So Long referme le disque dans une ambiance très seventies, avec cette manière de laisser la mélodie prendre son temps et de ne pas avoir peur d’un certain classicisme.
Ce qui est intéressant avec For The First Time, Again, c’est précisément cette tension. On entend très clairement les références. Roy Orbison, Bowie, la Californie, les années 1970, les grands chanteurs avant tout.
Parfois même un peu trop. Mais derrière ces fantômes, il y a déjà une personnalité. Pas encore complètement détachée de ses influences, sans doute, mais suffisamment présente pour donner envie d’entendre la suite.
Tyler Ballgame ne réinvente pas le rock classique. Il fait quelque chose de plus simple, et peut-être de plus honnête : il essaie de retrouver ce que cette musique pouvait encore provoquer avant de devenir une référence.
Et c’est peut-être là que le titre de l’album prend tout son sens.
Parfois, recommencer ne consiste pas à revenir en arrière. C’est retrouver une émotion ancienne avec des oreilles neuves.

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