La chanson
Ceux qui
restent dehors
Hippies and Cowboys commence sans chercher à impressionner. Une guitare, une voix grave, une allure de fin de nuit et cette impression immédiate d’entrer dans un bar où personne ne vous demande qui vous êtes avant de vous servir.
Cody Jinks ne joue pas ici au cowboy de catalogue. Il parle depuis la marge, avec la fatigue de celui qui a longtemps tourné, joué devant peu de monde et avancé sans l’appui des circuits officiels. Son personnage a trop bu, trop peu dormi et sait très bien que sa manière de vivre ne correspond pas à celle que l’on attend d’un homme raisonnable. Pourtant, il ne demande ni excuse ni approbation.
La chanson oppose deux mondes. D’un côté, les scènes à la mode, les tendances, les stratégies et les chansons écrites pour se vendre. De l’autre, les habitués des honky-tonks, les bières bon marché, les vieux morceaux de Merle Haggard et cette communauté étrange formée par les marginaux, les hippies et les cowboys. Ce ne sont pas forcément les mêmes personnes, mais ils partagent une qualité essentielle : ils n’ont pas besoin qu’on leur dise comment vivre ni quoi écouter.
Le refrain possède toute la force des chansons qui semblent avoir toujours existé. Il ne repose pas sur une formule brillante, mais sur une évidence collective. Demain, chacun repartira de son côté. Ce soir, on chante ensemble. Cette fraternité provisoire vaut mieux que toutes les appartenances officielles.
Musicalement, Hippies and Cowboys regarde vers la country texane et le mouvement outlaw sans tenter de les reproduire servilement. La batterie avance avec lenteur, les guitares laissent respirer le morceau et la voix de Jinks porte une rugosité naturelle. Rien n’est pressé. Les cinq minutes deviennent un espace où le groupe peut laisser la chanson s’installer, comme une conversation qui dure après la fermeture.
Le morceau n’a pourtant rien d’une nostalgie figée. Sa force tient à ce qu’il décrit une situation toujours actuelle : il existe toujours des artistes qui ne correspondent pas aux catégories proposées, et des auditeurs qui ne se reconnaissent ni dans les modes ni dans les communautés trop bien organisées. Jinks ne cherche pas à devenir le porte-parole de ces gens. Il se contente de leur réserver une place au comptoir.
Les meilleures communautés sont parfois celles qui ne demandent aucune carte de membre.
La conversation est ouverte…