Un jour, une chanson · 04

XTC
Making Plans for Nigel

Quatre minutes de mécanique pop où l’avenir d’un jeune homme se referme avec le sourire.

14 septembre 1979Drums and WiresVirgin
Pop

XTC · 1979 La vidéo se regarde ici, sans quitter PepperSounds.

La chanson

Le bonheur
selon les autres

Making Plans for Nigel commence comme une machine dont chaque pièce aurait été volontairement montée de travers. La batterie frappe un rythme lourd et décalé, la basse le suit avec une obstination presque industrielle, tandis que les guitares lancent leurs éclats secs dans les espaces laissés libres. Tout avance avec une précision remarquable, mais rien ne paraît réellement confortable.

Cette tension convient parfaitement au pauvre Nigel. On ne l’entend jamais directement : ce sont les autres qui parlent pour lui, décident de son avenir et assurent qu’ils ne veulent que son bien. Ses parents lui ont préparé une existence raisonnable, stable et sans surprise. Un emploi chez British Steel, une place bien définie dans la société, et cette certitude répétée qu’il doit forcément être heureux puisque tout a été organisé à sa place.

La chanson n’élève jamais la voix. Elle ne transforme pas Nigel en héros révolté et ses parents en monstres. Son ironie est plus subtile : ils sont probablement sincères. Ils aiment leur fils, souhaitent le protéger et ne comprennent pas que leur sollicitude devient une manière de l’effacer. La douceur apparente du refrain rend ainsi la situation plus inquiétante encore. À force de vouloir le bonheur de Nigel, ils ne lui laissent plus la possibilité de choisir ce qu’il pourrait être.

Colin Moulding chante avec une distance presque enfantine, comme s’il imitait poliment ces adultes convaincus de savoir. Autour de lui, XTC construit une pop anguleuse où la mélodie et le rythme semblent se contrarier en permanence. La batterie de Terry Chambers possède quelque chose d’énorme et de métallique ; la basse reproduit son mouvement ; les guitares d’Andy Partridge et de Dave Gregory grincent, rebondissent et découpent l’espace. Produit par Steve Lillywhite et enregistré avec l’ingénieur Hugh Padgham, le morceau transforme le quotidien provincial en chaîne de montage sonore.

British Steel prit d’ailleurs la chanson suffisamment au sérieux pour faire témoigner dans son journal interne plusieurs employés prénommés Nigel, chargés d’expliquer qu’ils étaient parfaitement satisfaits de leur travail. La réponse était presque trop belle : une institution venait à son tour parler au nom des Nigel pour assurer que tout allait bien.

« On peut vouloir le meilleur pour quelqu’un au point de ne plus lui demander ce qu’il désire. »

À réécouter

Making Plans for Nigel

Le morceau dans le lecteur officiel Spotify.

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