La chanson
Avant le rayon
de lumière
Sepheryn appartient à ces chansons qui semblent avoir attendu leur heure. En 1971, Curtiss Maldoon en fait une étrange ballade folk rock, légère dans sa forme mais beaucoup plus vaste dans ce qu’elle évoque. Une guitare acoustique, des harmonies aériennes, une mélodie qui paraît presque flotter et, derrière cette douceur, quelque chose de cosmique, de mystique, comme si la chanson regardait déjà bien au-delà de son époque.
Le morceau figure sur le premier album du duo, simplement intitulé Curtiss Maldoon. Dave Curtiss et Clive Maldoon y développent une musique plus douce que celle de leur précédent groupe Bodast, laissant davantage de place à l’acoustique, aux mélodies et à une forme de rêverie très anglaise.
Sepheryn possède pourtant une singularité supplémentaire. Son texte convoque le ciel, la lumière, une présence presque surnaturelle et cette sensation de retrouver enfin sa place après avoir traversé quelque chose d’incompréhensible. La chanson ne raconte pas vraiment une histoire. Elle fonctionne plutôt comme une vision, un mélange de spiritualité, de peur et d’éblouissement.
Et puis il y a cette phrase, presque anodine en 1971, qui finira par connaître un destin extraordinaire quelques décennies plus tard. À la fin des années 1990, Christine Leach, nièce de Clive Maldoon, reprend le morceau avec William Orbit. Cette nouvelle version circule jusqu’à Madonna, qui la retravaille avec Orbit et en tire Ray of Light, titre majeur de son album de 1998.
Cette filiation donne aujourd’hui à Sepheryn une résonance particulière, mais le morceau mérite largement d’exister sans cette anecdote. Il possède déjà toute sa beauté propre : une folk lumineuse, un peu étrange, qui semble suspendue quelque part entre la terre et le ciel.
Parfois, une chanson met vingt-sept ans à trouver le rayon de lumière qui l’attendait.
La conversation est ouverte…