La chanson
Le feu
dans la nuit
Smokestack Lightning ne raconte presque rien et pourtant tout y est. Un riff tourne sur lui-même, la rythmique frappe avec obstination, la guitare reste tendue, et puis cette voix arrive. Celle de Howlin' Wolf ne semble pas sortir d'un homme mais d'un endroit beaucoup plus ancien, plus sombre, plus profond. La chanson avance comme une incantation.
Enregistré à Chicago en janvier 1956, le morceau tient sur une seule pulsation et refuse pratiquement toute résolution. C'est précisément ce qui le rend si moderne. Là où beaucoup de blues suivent un mouvement harmonique familier, Smokestack Lightning reste presque immobile. La tension vient de cette immobilité, du battement, des silences et surtout des variations de la voix.
Wolf y rassemble des images venues du blues rural, des trains, de la nuit, de la lumière qui traverse la fumée, mais il ne cherche jamais à construire un récit bien ordonné. Les phrases apparaissent comme des éclairs. Elles comptent moins pour ce qu'elles expliquent que pour la façon dont elles frappent, reviennent et s'enfoncent dans le rythme.
Autour de lui, Willie Dixon à la basse, Hubert Sumlin et Willie Johnson aux guitares, Hosea Lee Kennard au piano et Earl Phillips à la batterie construisent un cadre d'une efficacité implacable. Rien n'est décoratif. Chaque note sert cette sensation de pression continue, comme si le morceau pouvait durer indéfiniment sans perdre sa force.
Sorti chez Chess en 1956, Smokestack Lightning deviendra l'un des morceaux emblématiques de Howlin' Wolf et une référence majeure pour les musiciens britanniques des années 60. Mais son importance historique ne doit pas faire oublier l'essentiel : soixante-dix ans plus tard, il suffit encore de quelques secondes pour que la pièce entière change de température.
Le morceau ne progresse pas vraiment. Il s'enfonce, et c'est précisément pour cela qu'on ne peut pas lui échapper.
La conversation est ouverte…